vendredi, 06 décembre 2013

Allocution de Danielle CARON à l'occasion du "KASHMIR SEMINAR ON INTERNATIONAL DAY OF HUMAN RIGHTS 2013 AT PCBE"(10-12-2013)

Selon des informations reçues ces derniers jours, il m’a été dit que l’Inde, sur les conseils de son haut commandement militaire, a décidé de construire un mur de béton sur la ligne de contrôle entre le Cachemire Indien et le Cachemire Pakistanais…
Une première phase de 197 km qui traversera 118 villages !

Mur de la honte, mur de la séparation, mur de l'indifférence, mur de l'argent, mur tarifaire: chaque fois qu'une société ne parvient plus à penser l'Autre, elle en vient à élever des parois qu'elle voudrait étanches...

Une frontière n'est pas nécessairement un mur, une ligne hermétique, puisqu'elle est un point de contact, une interface: son tracé est en principe bilatéral, régi par des conventions, établi par les États frontaliers, tandis que le tracé d'un mur est — à de rares exceptions près — unilatéral et exclusif.
Ceci est une violation des lois internationales et des résolutions de l’ONU.

Ces murs prennent alors la forme de clôtures, dotées d'une structure bétonnée, parfois cernées de routes d'enceinte et de chemins de garde, ourlées de câbles reliés à des capteurs de bruits et de mouvements, parsemées de chevaux de frise ou encore ponctuées par des postes de surveillance, des champs de mines, des caméras à infrarouge, des dispositifs d'éclairage, des mesures biométriques, des capteurs, le tout se doublant, dans certains cas, d'un arsenal de défenses législatives (droit d'asile, permis de séjour, visa).

Pour sophistiqués que les murs puissent paraître, leur étanchéité demeure hypothétique. Tout au plus déplacent-ils les flux migratoires.

Plus encore, les murs isolent. Ils isolent dans des enclaves, coincées entre le mur et la frontière, des populations, des familles qui peinent à sortir de ce no man's land pour accéder aux services ou simplement à leur emploi !

Ils isolent également des écosystèmes entiers et modifient durablement leur environnement, comme l'a constaté en 2003 une équipe du laboratoire de l'Université de Pékin, qui a enregistré des évolutions génétiques dissociées parmi la flore située de part et d'autre de la Grande Muraille de Chine.

Peut-être alors construit-on des murs moins pour ce qu'ils font que pour ce qu'ils sont: les murs rassurent. Ils sont le témoin tangible, la démonstration manifeste que les dirigeants agissent: une opération de relations publiques qui, parfois, atteint son objectif officiel, même si ce n'est pas là l'essentiel.

C'est sans doute pourquoi, depuis la Grande Muraille de Chine, la digue d'Offa au pays de Galles ou le mur d'Antonin érigé en Écosse par les Romains pour appuyer le mur d'Hadrien à partir du IIe siècle avant J.-C., le «mur» est au coeur des relations internationales. À tel point que l'un d'entre eux, le mur de Berlin, a même défini l'état du monde pendant toute la deuxième moitié du vingtième siècle.

Avec la chute du mur de Berlin et la recomposition du monde s'est ouverte une ère où la mondialisation condamnait irrémédiablement les États à l'obsolescence, ce monde sans frontières consacré par Kenichi Omae.

Cette résurgence des murs rend donc bien difficile d'imaginer qu'on peut donner raison à la morale du poème de Robert Frost: il n'est pas certain que de bonnes barrières fassent vraiment de bons voisins.

http://www.nation.com.pk/print_images/670/2013-11-24/india-plans-great-wall-along-kashmir-border-1385243419-7890.jpg

11:28 Écrit par Danielle CARON dans Actions D. CARON | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Great seminar

Écrit par : seminar provence | vendredi, 25 juillet 2014

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